brève histoire de la photo artistique

 

l’histoire de la photographie artistique, dite aussi photographie plasticienne, est fortement liée à la technique ; or celle-ci est relativement récente (par rapport à la peinture), et la distinction entre photo "tout court" et photo artistique est encore plus neuve.

C’est aussi par l’émergence fraîche de cet art que le marché s’est emballé de manière déraisonnable, car les tirages sont des multiples, non des oeuvres uniques

 

 

 

 

> à voir jusqu’au 28 janvier 2017
à la Galerie Particulière

 

 

 

 

Stéphane Couturier,
Couvent de La Tourette,
2010, C-print, 130 x 103
(courtoisie Galerie Particulière) 

l’histoire de la photo plasticienne illustrée par une exposition :

> cette photo de Stéphane Couturier peut évoquer le travail de Mondrian en peinture... à une cinquantaine d’années près ; sa quête de façades géométriques évoque aussi l’école de Düsseldorf (voir ci-dessous) ; peut-être ; mais sa démarche est très personnelle et rend ses oeuvres parfaitement identifiables
> en fait il travaille plutôt "dans la dissolution de la forme" en révélant des textures par gros plans successifs qui font oublier le motif photographié ; pour arriver à ses fins il pratique aussi le montage et la superposition de prises de vues légèrement décalées, et mêle parfois l’argentique et le numérique

Anselm Kiefer

voir aussi :

> la chronologie des mouvements modernes d’art
> la chronologie des mouvements contemporains d’art
> l’histoire du design artistique
> quelle différence entre modernes et contemporains ?

 

> accueil d’Almanart

> sommaire de comprendre


focus : histoire de la photo photographie artistique, ou photographie plasticienne

 

 

 

résumé de l’histoire de la photographie plasticienne :

  "l’appareil ne pense pas, c’est le cerveau du photographe qui pense"
(Willy Ronis)

 

> 19è siècle, de l’invention à son appropriation :

les prémisses de la photo remontent à l’antiquité avec le sténopé (un petit trou dans une chambre noire formant en son fond une image), que le 11è siècle perfectionne par une lentille devant le trou, créant la camera obscura ; mais l’enregistrement de l’image attend 1839 grâce à une couche photosensible stable par les français Nicéphore Niepce et Louis Daguerre ;

enfin la reproductibilité vient d’Angleterre par William Henry Fox Talbot en 1841 avec un négatif et son tirage-contact, la version souple en celluloïd s’invente en 1884 par George Eastman aux USA

> cette première photographie a été prise en 1826 à ChaIon-sur-Sâone par Nicéphore Niepce, au moyen d’une camera obscura et d’une plaque à base de bitume de Judée, après une pose de près de 10 heures !

 

Nicéphore Niepce,
ChaIon-sur-Saone, 1826 
photographie Nicéphore Niepce, ChaIon-sur-Saone

C’est un artiste peintre français, Louis Ducos, qui applique la trichromie (3 prises de vues superposées dans les trois couleurs primaires) à la photographie en 1868, mais c’est Charles Cros qui la propose en 1895 à Louis Lumière qui alors la développe industriellement et la perfectionne en 1904 avec l’autochrome : l’art de la photographie est né, mais pas encore la photographie d’art ! car son mode de production à caractère industriel est en contradiction avec celui de l’art, artisanal, ce qui l’empêche à l’époque d’accéder au statut artistique.

L’apparition de la photo a une influence décisive sur l’art : elle remet en question la vérité de l’image peinte, elle perturbe la pratique du portrait ; la peinture se tourne alors vers l’impressionnisme et le pointillisme, procédés permettant aux peintres d’exprimer ce que la photographie ne permet pas : le photographe saisit la réalité objective et le peintre saisit la réalité subjective

> la 2ème partie du 19è siècle est la grande époque du portrait photographié ; dans l’atelier de Gaspard Félix Tournachon (alias Nadar) défilent toutes les stars : Baudelaire, Delacroix, Doré, Gautier, Berlioz… ;
c’est aussi celle du nu : par exemple "Eugène Delacroix , loin de la considérer comme une rivale de la peinture, suit avec intérêt l’émergence et le développement de la photographie" et s’en inspire en peinture [DP expo Delacroix et la photographie, fin 2008, BnF]

 

de l’influence de la peinture sur la photo :
cette posture est un grand classique, depuis
La Grande Baigneuse (1808) puis le Bain Turc (1829) d’Ingres :
Eugène Durieu, Étude de modèle, vers 1854
(courtoisie BnF, Dpt Estampes et Photographie)
clic=zoom 
photographie Eugène Durieu

 

 

> début du 20è siècle, le passage à l’art :

dès les années 1910-20 le pictorialisme tente de faire entrer la photographie dans les beaux-arts, en privilégiant l’impression donnée au détriment de la précision du document ; des initiatives disparates naissent en Europe jusqu’à ce que Alfred Stieglitz aux USA s’impose comme chef de file

> en fait les recherches sont multiples ; à titre d’exemple l’américain Paul Strand se démarque du pictorialisme et se place dans la "Straight Photography" (photo pure) notamment en milieu urbain, ou comme dans cette ligne qui donne une interprétation artistique du paysage en jouant sur la profondeur et les effets de lumière ; il a été encensé par Stieglitz qui lui disait : "vous avez fait quelque chose de neuf"

 

Paul Strand, The White Fence, 1916
Gelatin silver print, 25 x 33
photographie Paul Strand, The White Fence

 

> faute de transportabilité l’appareil photo ne permet encore que les vues fixes : portraits, nus ou paysages, mais il donne accès aux trucages et montages ; alors la photo rejoint la peinture par utilisation du collage et de la surimpression, dans plusieurs mouvements novateurs et décalés : dada (Raoul Hausmann), constructiviste (Moholy-Nagy, Alexander Rodtchenko) et surtout surréaliste (Man Ray, Maurice Tabard).

Man-Ray, 1935, extrait de la revue Facile

 
A la fin de la Grande Guerre, des petits appareils maniables (Leica modèle A en 1925) libèrent l’imagination des photographes qui tentent des prises de vues en plongée, contre-plongée, vision latérale, plans rapprochés, etc, et font ainsi entrer la photographie dans le domaine de l’art ; cette voie trouve son apogée entre 1919 et 1932 avec le choc du Bauhaus, où tous les médiums d’art et d’artisanat sont convoqués, la photographie y étant en bonne place

 

 

> l’après-guerre, l’explosion artistique :

après la 2ème Guerre mondiale la tendance en Occident est à la représentation lyrique d’un homme universel, avec des célébrités comme Henri Cartier-Bresson, Robert Doisneau, Willy Ronis... ;
des "écoles" se forment, surtout en Allemagne : l’école de Essen (Otto Steinert) axée sur la photographie subjective et l’école de Düsseldorf, au contraire consacrée à la photographie objective (Bernd et Hilla Becher) ;

photographie Andreas Gursky, 99 Cent

une des plus célèbres immenses photos de Gursky, il en a même fait un dyptique :
Andreas Gursky, 99 Cent, 1999, print, 207x337
(courtoisie Monika Sprüth Galerie Cologne) / clic=zoom

> l’école de Düsseldorf génère des descendants prestigieux comme Andreas Gursky, Candida Höfer, Thomas Ruff, Thomas Struth… qui ont atteint le sommet du marché de l’art ;

cette génération-là développe dans les années 70, une photographie plasticienne qui se distingue clairement de la photo documentaire, de mode, de publicité ou d’information ;

 

 
La photographie plasticienne n’a pas de limite précise, notamment des photographes de mode (une application utilitaire de la photo qui nécessite un talent artistique) passent dans le domaine de l’art et inversément ;

Helmut Newton, Sie kommen, Naked & Dressed, Paris, 1981 (diptyque) / clic=zoom
1èere version, ensuite l’ordre a été inversé

> voyez Helmut Newton, alors habitué aux mises en scènes sophistiquées de mode chez Vogue, qui supprime tout artifice pour ce diptyque qui le rendit célèbre : une métaphore en noir et blanc de la femme libérée, l’expression du jeu du caché-dévoilé poussé à l’extrême ; ici il passe clairement de la mode à la recherche artistique ;

ces femmes de Newton -toujours en talons hauts- sont "grandes, fortes, résolues, prêtes à conquérir des domaines réservés aux hommes" [Hans-Michael Koetzle, Photo Icons, Ed Taschen]

 

 
Désormais le medium photographique intéresse quantité de plasticiens qui s’en servent comme support d’oeuvres mixtes : photos peintes, photos numériques travaillées sur ordinateur, etc ; plusieurs artistes passent d’un medium à l’autre :

photographie Darren Almond, série Fullmoon

>Darren Almond utilise beaucoup la photo, mais aussi le film, le dessin, la peinture, etc, pour exprimer sa passion : le temps, la mémoire, l’espace... ;

il a présenté entre 2007 et 2013 sa splendide série de photographies Fullmoon, des paysages que vous confondriez avec de la peinture, où " le paysage devient visible grâce à un temps d’exposition prolongé, et passe le temps d’une nuit noire à une scène lumineuse, souvent fantomatique" [DP Galerie Xippas]

 

Darren Almond, série Fullmoon,
Murchison Falls, 2009, print, 126 x 126
(courtoisie Galerie Xippas) / clic=zoom

 

 

> de la naissance d’un marché à sa démesure

l’acte de naissance d’un marché spécialisé en photo est l’ouverture en 1969 de la galerie Lee Witkin à New York ; dans les 70’s ces galeries s’implantent largement : aux USA, à Londres et à Paris avec la galerie Agathe Gaillard en 1975 ; dans les 80’s, les galeries d’art contemporain commencent à mixer de la photo dans leurs expositions, sous la poussée du pop art ;

l’officialisation est une consécration importante : elle se fait en 1972 par la première exposition de photos à la Documenta de Kassel, mais c’est encore expérimental et la propagation sera très lente : presque 30 ans pour que Art Basel crée sa section photographie en 1989 !

 

> les enchères suivent mollement : la première vente spéculative se tient en 1979 à New York, mais celle-ci ne couvre qu’un marché de niche ;
puis la photo est boostée aux USA en 1984 par l’acquisition de vintages par le Getty Museum ;

l’explosion des enchères photographiques débute véritablement en 1999 par la vente historique de la collection Jammes, qui triple ses estimations ;

évolution du marché
des grands genres de photo
(courtoisie Cairn-Info)
clic=zoom

en 2014 Artprice remarque "qu’en moins de quinze ans la photographie a acquis ses lettres de noblesse et constitue un marché autonome", avec ses records dépassant le million de dollars aux enchères pour des oeuvresde Gilbert & George, Mike Kelley, Cindy Sherman, Richard Prince et Andreas Gursky ;
tempérons : la photo pure ne représente en 2010 que 2% du marché contemporain en terme de médium (et la peinture 87%).

 
Pour le collectionneur d’art, reste le frein majeur de la multiplicité puisque le tirage d’un cliché devient un multiple ; malgré les efforts faits en France dans les années 80 par l’APO (association pour la promotion de la photo originale), puis les effets d’un décret de 1991 qui définit la notion "d’originalité", la photo est affublée du terme "original" jusqu’à 30 exemplaires, ce qui reste bien trop pour le collectionneur sérieux ;
dans les année 1990 et 2000 les prix ont été excessifs et les tirages trop peu limités, de sorte que l’explosion de la photographie a formé une bulle spéculative ; une correction a débuté dans les 2010’s avec des artistes photographes (mais pas par les autres photographes) qui ont appliqué une auto-diminution de leurs tirages en se ralliant à la pratique des estampes et sculptures : pas plus que le fameux 8+4 exemplaires et pas de diffusion commerciale de formats différents d’une même oeuvre.

 

 

 

 

 

 

plus d’infos :

> le patrimoine photographique de l’État
> un excellent résumé du Bauhaus

 


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