les artistes et l’argent

 

 

Peut-on encore vivre de son art ?

Les succès démesurés des artistes-stars et maintenant des designers-stars est un leurre : hors des circuits VIP et de l’art-finance, les rémunérations des artistes deviennent nettement ordinaires si ce n’est très faibles, aussi quantité d’artistes ne vivent-ils pas de leur art ; peut-on alors les considérer comme des "artistes professionnels" ?

Cette situation existe depuis toujours ; ce qui est nouveau est l’écart croissant entre la masse et le monde VIP, lequel magnétise l’attention et occulte les réalités.

 

 

 

 

 

 

Lazaro Saavedra,
Relacion Profesional,
video 0m44sec, 2008
(courtoisie Galerie GPNVallois)
 

"l’argent des artistes" illustré par une exposition :

> triste et hilarante vidéo sous forme de caricature : un curateur (l’artiste lui-même) interroge un artiste (encore lui) : t’as une oeuvre à Venise, au MOMA, etc ? non, non... alors le "curateur" le laisse en plan, genre "pauvre type"
> le cubain Lazaro Saavedra est bien placé pour railler le monde de l’art et aussi celui de la politique -mode qui paradoxalement lui permet d’être connu-, mais le tireur fait mouche
> petite rétrospective à découvrir à la Galerie GPN Vallois jusqu’au 10 juillet

 
 
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artiste professionnel, vivez-vous de votre art ?

 
cette question : "peut-on encore vivre de son art ?" ne concerne pas seulement les artistes, elle intéresse aussi les amateurs d’art qui estiment que si l’oeuvre d’art est chère, elle ne fait pas toujours vivre son auteur, alors va-t-il continuer son métier d’artiste ou disparaître progressivement de la scène, ainsi que son oeuvre (et l’investissement du collectionneur) ?

Car statistiquement le plasticien professionnel moyen français n’est pas riche : sa rémunération nette en régime libéral est de l’ordre de 1900€ [source : 2012, UNASA : Union Nationale des Associations Agréées] : insuffisant pour vivre en famille ; or ne serait-ce que pour sa liberté, l’idéal est qu’il ne vive que de son art.

Bien sûr ce n’est pas la majorité des cas, même pour ceux qui ont débuté une carrière ; l’exemple de John Salter (voir sa bibliographie en bas) est frappant ; il est bien souvent nécessaire de faire temporairement ou partiellement autre chose, à moins d’être soutenu par un tiers

 

 

Brigitte Camus, Amour fou 3, 2012
(courtoisie l’artiste)
 

> ce n’est pas du tout l’opinion de David Hockney, sur Francis Bacon à ses débuts : "quand j’ai l’ai rencontré la première fois, de tous les peintres dont j’avais entendu parler, c’était le seul qui n’enseignait pas : c’était donc un véritable artiste !" [Yasmine Youssi, Télérama du 02/06/2012]. Propos extrême, car quel jeune artiste désargenté, actuellement comme autrefois, peut survivre sans exercer un autre métier temporairement ?

> on peut être artiste et aussi leur conseillère : telles sont les activités complémentaires et oh combien compatibles de Brigitte Camus, qui intervient chez ArtVitam

 

 

> la situation de François Boisrond représente un cas fréquent : peintre prometteur dès sa sortie des Arts-Décos en 1981, il est la même année co-fondateur de la Figuration Libre ; 18 ans après il devient professeur aux Beaux-Arts de Paris.
Sa cote est "standard" (entre 1000 et 10’000€), il expose en Europe parfois dans des lieux prestigieux, représenté par la Galerie Louis Carré : une carrière stable lui permettant un style original lentement, sûrement, évolutif et pensé

> cette oeuvre de 1996 est représentative de son style intermédiaire entre celui des débuts, volontairement simpliste, et l’actuel plus élaboré et réfléchi

  François Boisrond
François Boisrond, La mort de Narcisse, 1996,
acrylique sur papier, 34x48 (courtoisie Galerie Couturier)

 

 

 

Une table ronde au Salon d’Automne 2012 a réuni une centaine d’artistes sur la situation des artistes en France, pour un débat que vous pouvez suivre en partie ci-dessous ; un sujet d’actualité en ces années de crise économique profonde. Un débat organisé par le Livre d’Art à l’occasion de la sortie du livre Réussir sa vie d’artiste par Sophie Blachet :

 

 

<< clic sur l’image
pour voir la vidéo

 

 

ce film a été tronqué lors de la prise de vue
nous n’y pouvons rien !

 

(image : courtoisie Lelivredart)

 

> Nota : qu’est-ce que le Salon d’Automne ? celui dont les médias ne parlent pas, où stars et VIP sont absents, mais très présents sont les artistes (par centaines, par regroupement d’associations) comme les visiteurs (par dizaines de milliers)
> pourquoi telle discrétion ? alors qu’il existe depuis 1903 et toujours actif, qu’il était devenu célèbre, qu’il se tient au Grand Palais ? car il est mal placé juste avant la Fiac (donc peu de visiteurs étrangers), peu à la mode par une communication déficiente et ringarde, qu’il est trop français...
> pourtant artistiquement il est de bon niveau : allez donc voir, il y a de belles découvertes à faire !

 

 

 

qu’est-ce qu’un artiste professionnel ?

 
au centre du débat se pose cette question, qui revient souvent, par exemple lors d’une sélection d’artistes pour un concours, une subvention, une résidence : comment définir cela ?

> est reconnu professionnel celui ou celle qui s’inscrit à un organisme de couverture sociale ; pour les jeunes on peut ajouter ceux qui ont suivi une formation d’art dont le diplôme est reconnu, mais alors en déduire ceux qui se sont dirigés sur une voie différente comme illustrateur, designer, etc. Evidemment retirer ceux dont l’exercice est d’agrément ou une occupation pour la retraite.

Cela cerne la question mais n’est pas suffisant ; on oublie les nombreux vrais artistes, diplômés ou autodidactes, qui n’ont pas (encore) un revenu leur permettant d’exercer leur art pour en vivre, car le métier n’est rentable que pour une minorité. La plupart de ceux-ci ne passeront jamais "artiste professionnel à plein temps", peut-être même abandonneront ou alors le redeviendront plus tard

 

Ainsi à l’activité il faut adjoindre la motivation : le véritable artiste est celui qui ne peut rien faire d’autre, sinon une activité d’appoint et vécue comme temporaire, même si finalement elle se prolonge beaucoup : en résumé, l’artiste professionnel est celui qui vit de son art ou pour son art.

 



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