quel tirage, prix, compromis ?

 

les oeuvres reproductibles (les multiples) sont tirées en quantités limitées avec chacune un numéro d’exemplaire au sein du tirage.

Pour l’artiste comme pour le collectionneur, une gestion modérée et honnête s’impose de ce nombre d’exemplaires. Le discernement s’impose car il y a des dérives commerciales

 

 

 

une question délicate :

 

le Tirage, illustré par une exposition :

 
> un tirage de 50 est pour nous une limite honnête ; pourtant nous n’avons pas hésité devant les 50 épreuves de cette sérigraphie de JonOne, pourquoi ?
> outre qu’elle est belle (bien que petite), quelle est signée du Wahrol du street art, elle constitue ce que nous appelons "un pièce singulière dans une série" : l’artiste est intervenu sur chaque pièce tirée, ce qui, par un phénomène de fatigue, limite naturellement le tirage :)
> elle était en exposition chez Agnès-b en fin 2016 :


 

 

 

 

JonOne, série Fireworks, 2015, 30x40
50ex, sérigraphie rehaussée à l’encre
(courtoisie Fonds. Agnès-B)

JonOne Fireworks

accueil d’Almanart
> sommaire savoir acheter

focus : tirage ou nombre d’exemplaires épreuves d’un multiple gravure litho lithographie sérigraphie photo ; tirage oeuvres art

 

 

tirer à vue !

 
facile d’appuyer sur le bouton d’un appareil photo ou de capturer une image sur internet, mais l’image brute qui s’affiche sur l’écran est juste valable pour le fun ou la photo de famille…

Vous, collectionneur, voulez une image accrochable, mise en valeur, de dimension correcte, même pour un multiple ; alors il faut transférer cette image sur un support adéquat, opération qu’on appelle le tirage, qui permet aussi de dupliquer l’image finale.
Tous les médiums d’art de la catégorie multiples sont dans ce cas : estampes, sculptures, photos, vidéos.

Le tirage est voulu, contrôlé par l’artiste (dimension, support...) mais réalisé par un atelier de lithographie ou un laboratoire photo car le tirage demande une compétence, des matériaux spécifiques (supports papier…), du matériel souvent onéreux (imprimantes à jet de pigments…)

  Shepard Fairey Obey  

> un cas spécial : Shepard Fairey (nom de street artist Obey) tire depuis des années des sérigraphies en très grand nombre, non numérotées, non signées puisque destinées à être collées dans les rues ; son style particulier l’a rendu célèbre de sorte qu’il en produit pour les galeries en série assez élevées (250-450 exemplaires) mais signées Fairey (et non Obey) sur un support correct ;

> celle-ci, célébrisime, a été produite en de nombreuses versions et différents slogans (Vote, Hope, etc) ce qui ne l’empêche pas d’être cotée autour de 500€ si elle est signée ! mais l’affiche se trouve dès 10€ sur le net

 

 Shepard Fairey, Obama original 3,
2008, sérigraphie non numérotée
(courtoisie l’artiste) / clic=zoom

 

tirez le bon numéro

 
toutes les oeuvres reproductibles (dites "multiples") et tirées en quantités limitées sont marquées ainsi : chacune porte un numéro d’exemplaire au sein du tirage, par exemple 6/20 est le 6ème exemplaire sur un tirage maximum de 20, marqués sur l’image finale sur son support, souvent à côté de la signature ;
pour le collectionneur ce marquage est primordial ; il témoigne de la relative rareté de l’oeuvre et la réunion de ces deux éléments (signature et tirage) fait aussi preuve d’authenticité, en l’absence de certificat.

Comment apprécier le "bon" nombre de tirages ? si vous voulez donner à votre collection une certaine valeur : choisissez des oeuvres rares et de tirages très limités ; faites un compromis entre votre désir d’acquisition, vos moyens financiers (la rareté se paie !) et soyez méfiant envers les pièces un peu trop répandues ; prenez garde aux dérives commerciales mais tenez compte des cas particuliers.

Il y a un demi-siècle les tirages étaient très limités, techniquement et éthiquement ; un médium traditionnel comme un moule, une plaque d’estampe ou un négatif argentique ne peuvent être reproduits facilement ; mais actuellement le commerce pousse à la consommation, avec, forcément, des dérives.

En photo et vidéo le numérique pose le problème de la parfaite reproductibilité des fichiers, donc des oeuvres : comment lever le doute sur son statut d’oeuvre d’art limitée puisqu’ils n’y a aucune limite physique de reproduction ? pire : un tirage parfait peut être post-réalisé par un ayant-droit peu scrupuleux ou par un pirate, n’importe où sur la planète

 

 

 

 

collectionneur : combien d’exemplaires accepter ?

 

nuancez selon les médias :

> pour les lithographies, sérigraphies, prints la reproduction peut monter jusqu’à 50 voire 300 épreuves selon le marchand, l’ambition de l’artiste, la technologie ou l’époque ; nous, nous n’achetons pas au-delà de 50

22:02 30/09/2011
  cette vidéo (extrait) de Ronald Dagonnier a été présentée par Fog Galerie à NoFound Photo Fair 2012 ; montée sur un socle, elle s’admire de haut à travers un dôme transparent qui accentue l’effet voyeur ; en fait c’est une installation qui ne serait reproduite que sur demande, de manière limitée

> pour les oeuvres numériques (vidéos, photos) le nombre d’exemplaires est difficile à contrôler puisque issus de fichiers informatiques : soyez rigoureux, demandez si c’est l’artiste lui-même qui détient les fichiers masters, qu’il ait signé et numéroté l’exemplaire et qu’un certificat de tirage limité et numéroté soit disponible

> pour les photos évitez les tirages déclinés dans plusieurs formats, sauf si le prix est vraiment bas ; normalement un artiste créer une oeuvre dans un format déterminé, ne laissant pas l’éditeur les décliner à sa guise ; mais les photographes qui ne se revendiquent pas artistes (reporters, mode...) ont plus de liberté et leur prix -sauf exception- devraient être plus bas

 
> pour les photos argentiques le débat se situe plus entre retirages versus tirage d’origine car la reproduction n’est pas aisée, c’est pourquoi certains collectionneurs préfèrent les vintages, moins élevés en nombre et difficiles à détourner : voyez cet exemple

> pour les sculptures la technique conditionne la reproduction, par exemple 8 pour un bronzes, 100 pour un plastique... ; la destruction de l’original (du plâtre ou du moule) peut en garantir l’authenticité, mais qui va vérifier ? Distinguez aussi les fontes d’origine faites sous contrôle de l’artiste de celles faites après son décès, qu’on appelle fontes d’édition, qui d’ailleurs peuvent être de bonne qualité si elles émanent des moules d’origine (qui donc n’avait pas été détruits !), mais alors elles doivent être moins chères.
Enfin, les oeuvres les plus prisées portent une double signature : celle de l’artiste et celle du fondeur (son poinçon ou l’estampille pour un imprimeur) ; très difficile de faire un faux avec certificat dans ces conditions

 

 
les "phynances" du Musée Rodin...

...s’accommodent bien de la loi : Auguste Rodin ayant fait donation à l’État français de l’ensemble de son oeuvre et des droits de propriété artistique, le Musée joue à fond l’édition d’originaux en s’appuyant sur son statut d’autonomie juridique et financière obtenu à la demande de l’artiste en 1916 (il est mort en 1917), et sur son autorisation de diffuser ses oeuvres au-delà de sa mort ; et d’une manière générale la loi concède aux ayants-droit la possibilité d’éditer des oeuvres non encore divulgiées

> résultat : en toute légalité le Musée Rodin produit postérieurement des "oeuvres originales" (limitées à 12) ; comme le fond est loin d’être atteint, l’affaire est juteuse ; exemple sur l’article de l’exposition du centenaire de la mort de Rodin
 

 

 

distinguez le droit et la pratique :

voici les limites juridiques européennes de tirage d’originaux multiples :

tirage maxi original
technique ou médium remarques
1
peinture, dessin, aquarelle, céramique peinte, laque... (ceci pour mémo)
1
sculpture brute en taille directe (ceci pour mémo)
8 + 4 EA
estampe de toutes techniques EA = épreuve d’artiste
8 + 4 EA
sculpture en moule,
fonte, moulage...
métaux, plastique...
30
photo argentique sur support original, photo numérique non plasticienne le négatif ne compte pas ; retirages inclus
8 + 4 EA
(30)
"print" informatique d’une photo numérique artistique
(légalement peut atteindre aussi 30)
coffret signé + certificat
8 + 4 EA
vidéo, création numérique artistique coffret signé + certificat
libre
(8 + 4 EA)
design
(design artistique)
 -

 
piège : une oeuvre notée EA (épreuve d’artiste) est normalement limitée à 4 ; mais rare est l’artiste qui indique le tirage d’une EA ; ainsi il peut en "produire" autant qu’il veut…

 

 

qu’est-ce qu’un monotype ?

un auteur n’est pas obligé de tirer plusieurs exemplaires :

  Amaranth Ehrenhalt gravure
Amaranth Ehrenhalt, Nuit-A, gravure monotype, 2007
(courtoisie l’artiste) / clic=zoom
 

lorsqu’un artiste crée une oeuvre pour un médium spécifique, par exemple une gravure, il n’est pas obligé de la dupliquer ;
alors l’oeuvre porte le nom de "monotype" et est notée 1/1 (qui signifie 1 exemplaire sur un tirage unique) ; elle a donc une valeur comparable à une pièce unique, comme un tableau

> la motivation de Amaranth Ehrenhalt, peintre abstrait, n’était pas de produire de multiples exemplaires, mais d’utiliser la gravure pour obtenir un résultat particulier par ce mélange de collages (des tissus incrustés), de fines tresses faites au burin dansant sur un fond de couleurs ; cette oeuvre vaut le prix d’un petit tableau

 

 

"original" : pas le même mot pour tout le monde...

si la juridiction est claire, tout le monde ne l’applique pas de la même manière :

> en estampe : il y a confusion entretenue sur le terme juridique "original" et son utilisation par les professionnels ; la Chambre Syndicale de l’Estampe se concentre sur la façon dont est conçue l’oeuvre (voir sa Charte), point primordial ; mais elle s’accomode d’une définition qui ne limite pas le nombre d’épreuves ! il est inconcevable de mettre au même niveau d’originalité une épreuve venant d’un tirage inférieur ou supérieur à 8+4 (20, 50, pourquoi pas 100 ou 300, c’est courant...) ; la Chambre rappelle bien quels sont les risques et les mauvaises pratiques, mais c’est insuffisant

> en photo c’est la confusion : non seulement le nombre légal de tirage originaux est élevé (30), non seulement certains marchands déclinent dans des formats différents un même cliché, mais en plus la confusion provient des techniques utilisées (voir aussi ici) ; ceci pour des raisons historiques : avant que la photo ne vienne sur le marché de l’art, elle était utilisée comme moyen scientifique, de reportage, de recensement ; lorsque certaines d’entre elles ont été reconnues comme oeuvre d’art, il n’y a pas eu révision des règles juridiques et déontologiques

> en sculpture, la déontologie des Fonderies d’art de 1993, établie en accord avec les sculpteurs, est claire et rigoureuse : "sous l’appellation d’original, toute oeuvre en alliage métallique fondu ne peut être réalisée qu’en maximum 12 exemplaires, même si la composition ou la couleur de l’alliage utilisé ne sont pas les mêmes pour chacune des 12 pièces ; parmi ces originaux, 4 appelés Epreuves d’Artistes doivent être numérotés EA I/IV... en chiffres romains, les 8 autres numérotés 1/8, 2/8.... en chiffres arabes ; les fondeurs s’interdisent tout autre marquage comme O, HC, etc. ; le choix du nombre (1 à 12) doit alors être déterminé de façon irrévocable par l’artiste et avant la première fonte".
On est loin des moeurs discutables en photo... pas étonnant que la sculpture soit élevée sur le marché de l’art !

> en design il n’y a pas de règle spécifique ; si le designer se veut artiste, il s’approche naturellement des principes en sculpture ; en fait il a toute liberté : pas de numérotation ou numérotation libre pour les pièces limitées ; on distingue sutout les pièces originales des retirages qu’on appelle des rééditions

 

 

le comportement de l’artiste

  la manière dont l’artiste aborde la question du tirage, son éthique, conditionnent la valeur de son oeuvre multiple. Pour illustrer, prenons ces deux monstres de l’art, tout aussi productifs mais qui se sont commercialement comportés de manière diamétralement opposée :
retirage en 2004 et 1500 ex. du célèbre livre d’artiste Jazz de Matisse, produit par Anthese, réalisé par Idem qui a repris les anciens ateliers de Mourlot et qui a fait une étude approfondie pour retrouver les couleurs de l’original ; ce livre a une valeur liée à la célèbrité de l’original et à la qualité exceptionnellel du résultat
Jazz de Matisse

Pablo Picasso a produit des lithographies de qualité exceptionnelle en collaboration étroite avec l’éditeur Fernand Mourlot, en 50 épreuves numérotées, signées et annotées par l’éditeur ; l’artiste y a accordé une grande attention, exigeant une dizaines d’épreuves avant le résultat final ; que de telles pièces aient été estimées de 10 à 30’000 € dans une vente en 2003 est normal ; Matisse a eu la même démarche avec son livre "Jazz", très coté

Salavador Dali lui, d’un geste provocateur délibéré mais pas dénué d’intérêt, a carrément signé des dizaines (au moins) de feuilles blanches avant que son éditeur ne les passe sous presse, donc sans réel contrôle de l’artiste ; l’éditeur avance l’impossibilité de retenir le maître sur place pour les signer après contrôle ; qu’importe, le mal est fait et la rumeur de faux courre encore... Alors acheter des lithos de Dali même signées devient une imprudence ; d’ailleurs elles sont trop nombreuses, trop chères et entâchées d’un risque de faux...

 

pourquoi l’artiste fait-il des multiples ?

pour d’excellentes ou mauvaises raisons, à vous de juger :

> être rentable ; l’artiste doit bien vivre de sa production, plus il multiplie les tirages à partir d’une même source, plus il augmente sa rentabilité, du moins le pense-t-il (or c’est souvent faux)
> augmenter son audience ; diffuser son art à d’autres couches sociales ou atteindre de jeunes amateurs ; une tactique de développement souvent pratiquée par de jeunes auteurs ; mais dès qu’ils sont mieux connus, ils restreignent leurs tirages
> participer à une action sociale ou caritative (aider une ONG en lui reversant les gains)
> participer à une oeuvre collaborative sans avoir le souci de limiter et surveiller les reproductions
> expérimenter différents médias ou techniques et y donner le meilleur de son art ; cela se remarque par des oeuvres très étudiées, particulières, où le style de l’artiste évolue. Les multiples issus de cette démarche peuvent avoir une grande valeur ; par exemple Soulage a eu une très faible production de lithographies, mais ce sont des oeuvres créées pour ce medium ; la Grande Bibliothèque de France les a rassemblées en une exceptionnelle exposition en 2004

> il y a des cas spécifiques :

par exemple Roman Cislevictz (1930-1996) est un célèbre graphiste et illustrateur qui s’exprima essentiellement par la lithographie et l’affiche, par métier et par vocation : "mon rêve, c’était de faire des images publiques, pour que le plus grand nombre de gens puisse les voir ; pour moi, c’était l’affiche -l’image publique- qui était le plus important" [Wieslawa Wierzchowska, Auto-portraits, Éd. Interster Varsovie] ; ses tirages sont donc assez élevés mais justifiés par sa volonté et son domaine de l’illustration

ses oeuvres d’un style dépouillé et fort, réalisées sans informatique, sont maintenant recherchées, mais restent aussi d’un prix abordable

 

Roman Cislevictz, Empreinte, 1973, lithographie, 46x59, 100 exemplaires
(courtoisie GMA) .... clic=zoom

Roman Cislevictz

 

 

collectionneur, comment vous comporter ? 

 

méfiance...

il existe donc de mauvaises pratiques en retirage, mais il y a des tirages et retirages honnêtes et intéressants ; ce serait dommage que vous n’en profitez pas :

> si une estampe, une photo, une sculpture ou un objet design se voit demandé après épuisement du tirage d’origine, la tentation est forte de continuer : c’est anormal car la planche, le moule ou la plaque d’origine devrait être détruites ; les "oeuvres" ainsi reproduites sont de faible valeur, même si elles sont belles à voir ; alors nuancez votre raisonnement : la décision d’achat dépend de la rareté, du prix et bien sûr du plaisir que vous en attendez

> si le prix est raisonnable et que vous êtes conscient de ce qui se passe, rien donc à reprocher au vendeur ; exemple : une belle copie du Cheval marchant au pas relevé de Degas se trouve aux boutiques des Musées Nationaux pour 1500 €, prix encore acceptable car l’original est célèbre (un exemplaire vendu 31’000€ en 2013) et qu’elle est retirée en bronze et à la bonne dimension ; attention : désormais les copies sont plutôt en résine (c’est presque invisible, il faut toucher), ce qui ne vaut rien ; et il y a 10 ans, ces retirages bronzes valaient 5 fois moins...

> si vous êtes tenté par une gravure d’un artiste décédé, veillez à ce que les ayant-droits n’aient pas exploité le filon en repoussant la limite du tirage en partant de la gravure d’origine encore existante ; cela se voit par la signature de l’artiste qui n’est pas sur le tirage mais sur la plaque, donc elle-même reproduite

  > si une photo dite originale vous est proposée à Nx100 exemplaires dans X formats différents, ce n’est acceptable qu’à deux conditions réunies : 1° un prix très bas (moins de 100 €), 2° l’artiste l’a signée ; sinon aucun vrai collectionneur n’en voudra... elle est devenue un poster...  

Myriam et Aimaury de Solages, fondateurs de la Maison Particulière à Bruxelles : "nous attachons de l’importance à ce que les photos de nos collections soient numérotées et tirées en nombre le plus restreint possible" [interview Techninkart, oct 2012]

> les jeunes semblent peu s’intéresser à la problématique du tirage, l’offre disponible sur internet by-passant -évidemment- la problématique... ceci renforcé par le numérique gratuit, le streaming piraté, qui leur donnent l’illusion que voler est la nouvelle norme. Tant qu’ils se contentent d’images privées, peut-être belles mais sans valeur, tant mieux pour eux ; mais le jour où ils auront envie de collectionner des oeuvres authentiques, ils s’apercevront que ce qu’ils ont ne vaut rien... qu’ils ne s’étonnent pas

 

les pièges du vocabulaire :

 - si l’artiste est décédé et s’il n’a pas donné explicitement le droit de retirer post-mortem aux ayants-droit, la copie est dite copie tardive
 - si la copie n’est pas faite depuis le master original, l’affaire est claire : c’est une "reproduction" de peu de valeur
 - si en plus l’artiste ou ses ayant-droits n’ont pas donné leur aval, c’est un faux
 - voir aussi le glossaire

  Nikki de Saint-Phalle
cette Nana gonflable inspirée de celles de Nikki de Saint-Phalle est plutôt gonflée !
Ce n’est pas un faux, mais un "objet dérivé" pour le grand public ; ce n’est pas non plus une bouée pour faire clapoter les enfants, l’objet vaut de tout de même... env. 100 € (et est livré sans l’air dedans ) !
Un bon moyen de sensibiliser un enfant dans le domaine de l’art
 

> des abus peuvent provenir de l’artiste même ou de proches :
Dali, le bien surnommé "Avidadollars", a laissé reproduire des bronzes sans contrôle mais pas sans revenus, Warhol a fait imprimer des milliers de sérigraphies par ses assistants de la Factory (si bien nommée) mais cela faisait partie de sa démarche volontaire de vulgarisation, Picasso faisait des épreuves non signées car lui ne les considérait pas comme oeuvres mais des études, néanmoins certaines ont été mises sur le marché (fonds d’ateliers, etc)...

> les éditions d’origines sont légitimes, car elles partent de moules d’origine AVEC l’autorisation de l’artiste (ou d’une cession de ses droit) ; c’est le cas d’ateliers ayant travaillé pour lui et dont l’estampille a été agrée par lui ou ses ayant-droits ; elles doivent être estampillées ou recevoir un poinçon qu’il vous faut savoir reconnaître, et comporter la marque du tirage ; elles ne sont évidemment pas signées ; c’est le cas pour les céramiques de Picasso, les bijoux de Braque, les lampes Daume, les tirages de Rodin..., ces copies légitimes sont des oeuvres originales si elles sont correctement limitées

 
> il n’y a pas de "retirage original", même en photo ; il peut y avoir un "retirage posthume original" : pour un bronze il sera fait à partir du plâtre original (et non pas d’un autre bronze), AVEC l’accord de l’artiste ou de ses descendants, toujours dans la limite de 8 + 4 exemplaires sinon ce sont des reproductions

> les bénéficiaires peuvent légitimement exploiter une marque déposée par l’artiste ; exemple : le fameux bleu d’Yves Klein, qu’on retrouve dans des objets dérivées postérieurs à l’artiste (par exemple sous forme de tables en plastique contenant les pigments) qui, évidemment, ne doivent pas être confondues même de loin avec ses oeuvres d’art

> veillez à cette astuce pour monter le prix : le tirage spécial limité d’une oeuvre multiple à fort tirage, mais placée dans un écrin spécifique ; le procédé est habituel en littérature mais il ne vise pas à multiplier des originaux (la notion n’existe pas) ; cela peut faire plaisir mais n’offrez pas cela comme une oeuvre d’art...

 

 

 

nos conseils pratiques :

 
si votre coeur bat à gauche, votre porte-monnaie veille à droite ; alors ayez quelques réflexes :

 > vérifiez le marquage de l’oeuvre :
 - un original doit comporter la signature de l’artiste, la date, son numéro au sein du tirage : 4/8 par exemple, ou pour une épreuve d’artiste : III/IV EA (et non pas seulement EA comme nombre d’artistes font)
 - une copie aussi doit être signée ou comporter le sceau de l’éditeur, et si possible datée
 - dans certains cas où la technique demande des compétences exceptionnelles (tapisserie, fonte...) il est préférable que l’atelier soit mentionné et que son estampille ou poinçon y figure ; s’il est célèbre, c’est un "plus"
 - il arrive qu’une reproduction en nombre par une technique automatisée (offset...) soit signée par l’artiste, par amitié ; une telle "oeuvre" aura une petite survaleur, mais pas si elle est dédicacée car la revente peut être plus difficile
 - obtenez un certificat donnant l’origine, le nombre et la date du tirage

 
ce vase Art Nouveau est numéroté (66) mais le tirage n’est pas mentionné ; il est signé par son éditeur et son créateur est mentionné : il a ainsi une petite valeur (environ 500€) où joue aussi son ancienneté / clic=zoom sur le cul (!)

> donnez plus de valeurs aux oeuvres faites par des procédés impliquant de la main d’oeuvre que ceux techniquement faciles et moins chers

> préférez les tirages respectant la définition juridique du terme "original" ; bien que contestée, cette définition impose une limite basse ; si le tirage dépasse, veillez à ce qu’il soit faible (jamais plus de 50)

> ne pas payer cher une photo numérique en fort tirage, sans que le format soir précisé et sans garantie écrite ; ce marché est parfois surcoté ; dès lors que vous prenez ces précautions vous pouvez trouver des oeuvres tout à fait intéressantes

> sachez que le prix du façonnage est élevé : un Diasec de 40x60 monté sur alu coûte près 300 € HT de fabrication, donc un tirage photo bien présenté est forcément un peu cher ; or la qualité de l’oeuvre tirée dépend de l’outil d’impression ou de façonnage, comme de la qualité du support

 
> une lithographie qui reproduit un tableau n’a rien d’un original, même signée, c’est une "reproduction"

> vous pouvez faire une "copie privée" d’une oeuvre si vous en avez les moyens techniques, mais évidemment elle ne sera pas signée ; et si vous la vendez sans l’autorisation de l’artiste c’est un faux !

> pour les vidéos : un moyen tirage non signé ne devrait être vendu qu’au prix d’un DVD cinéma (qui lui est à grand tirage) ; pour être une oeuvre originale la copie DVD doit être limitée selon la liste ci-avant, proposée en coffret avec une documentation et un certificat numéroté signé de l’artiste

> l’achat est aussi une question de confiance : préférez un vendeur connu, la présence d’un certificat d’authenticité ou une facture détaillée, ne payez pas en liquide et soyez extrêmement prudent avec les ventes en ligne sans un bon professionnel de l’art derrière, sans autre intermédiaire que le fournisseur de données sur internet (surtout situé hors de la juridiction française)

> pour les multiples de haute valeur, faites signer par le vendeur un certificat portant : auteur, titre, date, origine, technique et médium, tirage, numéro dans le tirage, dimensions, nom de l’atelier de reproduction, date de la vente ; demandez son histoire : expositions faites, précédentes ventes, précédents possesseurs, anecdotes qui y sont liées, demandez de voir le catalogue raisonné sinon le catalogue d’une exposition ou une revue la mentionnant.

 

C’est pour ces raisons difficiles à concrétiser que les grands collectionneurs font confiance à un marchand d’art dont la "signature" est reconnue ; si vous n’avez pas une telle relation, n’achetez pas une oeuvre multiple importante sans obtenir ces éléments sinon faites très fortement baisser le prix afin de compenser cette prise de risque : à vous de juger !

 

en résumé :

 

1/ tirer une oeuvre au-delà de 100 exemplaires n’est pas raisonnable, on sort de l’art pour entrer dans la décoration voire le "collector", au-delà de 1000 on est au supermarché...

2/ certains avancent que la duplication non contrôlée est un concept "moderne" bien accepté par les jeunes : oui si la baisse des prix suit en proportion, or c’est rarement le cas en art...

3/ gardez ces règles de bon sens :
> ceux qui ne résistent pas à faire de grands tirages, s’imaginant vendre plus, oublient que les ventes ne dépendent pas du nombre d’exemplaires mais du nombre d’acheteurs !
> inversement, plus le tirage est faible, plus la valeur unitaire est grande car l’oeuvre d’un bon artiste ayant des chances de s’épuiser, sa cote augmentera par rareté
 

En définitive, ces considérations ne doivent pas plomber votre envie d’art, qui doit rester dans le monde du rêve !

 



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> cette expression marine vous sort de la bouche en voyant l’exposition virtuelle des Atamanes sur la peinture marine !

 

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