qu’apporte le titre de l’oeuvre ?

 

de bon usage du titre :

lors d’une exposition, vous allez parfois lire le cartel à côté du tableau :
le titre ou le nom qui y figure donne-t-il une indication utile à sa compréhension ?

 

 

 

 

 

 

 

> c’est ainsi que vous rencontrez
au Musée du Luxembourg ses plus belles
oeuvres, jusqu’au 9 juillet 2017
> tandis qu’une rétrospective Pissarro
se tient simultanément au Musée Marmottan,
jusqu’au 2 juillet 2017

Camille Pissarro, Moissons à Eragny, gouache, 1887
les 2 images :
(courtoisie RMN) / clic=zoom
 

le titrage illustré par une exposition :

> autrefois il était d’usage de préciser le lieu et les circonstances par le titre du tableau, comme une prise de vue ; cela n’apporte pas grand chose sauf aux historiens, aux géographes (et aux touristes)
> ainsi cette ravissante huile de Camille Pissarro est-elle titrée : Effet de Neige à Eragny ; l’effet de neige est évident, bien qu’il soit plutôt effet de rosée neigeuse ; par contre citer Eragny n’est pas inutile, bien que la date écrite, 1894, aurait suffit : c’est la dernière période de Pissarro, apaisée, d’une technique plus modérée -juste ce qu’il faut d’impression-, ces années mûres où il "retrouve la nature" comme le titre très justement l’exposition, pour attendre la fin de sa vie
> si Pissarro fut un co-fondateur de l’impressionnisme, son style est mixte car influencé par le pointilliste Georges Seurat (voir ici ce qu’est le pointillisme)
> "la grande affaire est d’émouvoir, que ce soit par des touches rondes ou carrées, des virgules ou des glacis" remarquait Mirabeau [journal Le Gil Blas 15/05/1887]

Camille Pissarro, Effet de Neige à Eragny, huile, 1894
 
> accueil d’Almanart
> sommaire de comprendre

focus :nom ou titre du tableau, nom nomination titre d’une oeuvre d’art, cartel étiquette écriteau, nom titre tableau, oeuvre sans titre ST

 

un titre, pourquoi ?

un texte incrusté dans l’image n’est pas l’apanage de la BD ou de la caricature : "dans la peinture du Moyen-Age l’écriture sainte ou profane était naturelle, comme pont entre le spirituel et le terrestre" [DP Espace Topographie de l’art, sur l’écriture et l’image]. Les artistes modernes ont montré leur intérêt à mettre en symbiose l’écriture et l’image, comme est la parole au cinéma ; et les artistes actuels utilisent souvent un titre (parfois très long) dans cet esprit, pour donner un éclairage sur la signification de leur oeuvre parfois incompréhensible sans lui.

Au contraire d’autres artistes ne donnent pas de titre à leurs oeuvres, un simple numéro suffit, affublé d’un bref "Sans Titre" ou "ST", par exemple :

Daniel Pflumm
Cindy Sherman
Daniel Pflumm, Ohne Titel, 2005
(courtoisie D.Pflumm)
Cindy Sherman, Untitled, 2008
(courtoisie Metro Picture)
> cette oeuvre drôle est typique de l’esprit ludique de Daniel Pflumm, graphiste passé à l’art sous diverses formes : photos, logos, vidéos, musique... ; c’est un art de divertissement, certes, mais imaginatif et généreux, bref qui ne "se prend pas la tête".
Cet humoriste d’ailleurs n’hésite pas à affirmer : "il n’y a pas d’assurance pour la certitude, c’est certain’" ! [ArtNow 02].
Alors, un titre, mais pour quoi dire ?
> comme toutes les oeuvres de Cindy Sherman, ce portrait est celui d’elle-même, habillée et grimmée pour un rôle de théâtre qu’elle s’est donné : chaque cliché révèle une personnalité, une nouvelle condition humaine ; l’ensemble deviendra de plus en plus caustique ; ainsi son oeuvre est double : formée de chaque photo, et aussi par leur progression sur 40 ans.
Un titre ne viendrait que troubler sa démarche.

 

 

 

un titre, oui... mieux, un nom !

pour d’autres artistes au contraire le titre fait partie intégrante de l’oeuvre ; donné avant ou dès son achèvement, comme un prénom est associé à un individu à sa naissance et y reste de manière intime, il peut même (selon certains) influencer son caractère

 

Pierre Alechinsky :
"titrer, c’est écrire un peu ! Klee, Magritte, Dubuffet, Jorn ont titré des milliers d’images énigmatiques ;
c’est presque un genre littéraire
"
interview Le Point 15/12/11

> par exemple Antony Gormley, plus qu’un titre, nomme ses oeuvres "car le nom lui donne une dimension ... comme une clé avec laquelle la perception et la réflexion vont commencer" [interview Art Actuel n°1086].
Cette sculpture, par exemple, dénommée "Settlement" (rassemblement, construction, mise en ordre) est un assemblage réunissant des blocs d’acier inox organisés pour figurer un homme couché ; c’est donc bien une clé de compréhension, bien qu’un effort soit utile pour conclure : pour la clé... il faut trouver la bonne serrure !

 

Settlement, 2005(courtoisie A.Gormley)
Antony Gormley

 

un complément esthétique

certains artistes jouent avec un titre sans que celui-ci ait un véritable rapport avec le contenu de l’oeuvre, notamment chez les abstraits ; ces artistes laissent volontairement au spectateur la libre interprétation de ce qu’il voit et laissent chacun développer ses propres sensations devant l’oeuvre

   

> c’est le cas d’Amaranth Ehrenhalt, une artiste du mouvement de l’abstraction lyrique (ou de l’expressionisme abstrait américain) : nommer ses oeuvres est un jeu d’esthétisme vocal qui correspond bien à l’état d’esprit, ou au lieu, ou à l’événement associé à l’oeuvre ; ainsi et bien qu’indirectement, il aide à la perception de l’oeuvre.
Le tableau ici représentée s’appelle "Capatina" car il a été créé en Italie, et aussi parce que ce mot a une jolie consonnance : reconnaissons que cette esthétique enjouée lui va très bien !

 

Capatina, 2008 (courtoisie A.Ehrenhalt)

 

une partie intégrante de l’oeuvre

et puis il y a des poètes ou littérateurs en verve qui accompagnent leur création plastique d’une prose qui lui est inséparable, l’oeuvre étant l’ensemble des deux : impossible ici d’éviter René Magritte dont les titres jouent avec les tableaux, comme la célèbre pipe annotée "ceci n’est pas une pipe" qu’il a commentée : "l’image n’est pas à confondre avec la chose représentée".
Magritte disait [Ecrits Complets, Flammarion, chap.68] : "les titres ne sont pas des explications, les tableaux ne sont pas des illustrations des titres, leur relation est poétique ; un titre doit être compatible avec l’émotion" que suscite le tableau et "le titre poétique doit nous surprendre et nous enchanter"

> tout de même dans cet étrange "Modèle Rouge", le titre est plus qu’un accompagnement poétique, car du Modèle ne reste que ses pieds dont se souviennent ces bottines abandonnées mais marquées, modelées, par la cohabitation.

 
Magritte, Modèle Rouge, 1935
(courtoisie Gal Dina Verny)

 

   

Reconnaissons que Mike Nelson a raison de (parfois) proposer des titres assez longs pour commenter ses installations qui, comme si un film était privé de parole, resteraient d’autant plus incompréhensibles qu’elles se réfèrent à des oeuvres littéraires ; toutefois si vous ne connaissez pas le livre, vous resterez un peu sur votre faim...

Voici un bel exemple de titre, mis par l’auteur en majuscules : "STUDIO APPARATUS FOR MAMCO – AN INTERMEDIATE STRUCTURE FOR A MUSEUM : INTRODUCTION ; BUILDING TRANSPLANT IN THREE SECTIONS ; TOWARDS A REVISITING OF FUTUROBJECTICS (AS VOODOO SHRINE) ; MYSTERIOUS ISLAND"
exposition en 2005 au Mamco de Genève (courtoisie Mike Nelson)

 

 

ça n’a pas d’importance...

mais certains ne se posent pas la question, utilisant les titres soit par habitude soit par simple désignation d’une évidence, souvent l’image proposée n’a pas besoin d’explication

> ainsi lorsque Sylvie Fleury nomme Razor Blade son énorme lamme de rasoir ou Ford Cosword DFV le clone en bronze chromé du moteur de cette voiture, cette dérision sympathique d’objets-cultes n’a pas besoin de titre pour nous faire sourire !

Ford Cosword DFV, 20004
(courtoisie S.Fleury)
 

Sylvie Fleury

 

pire : on brouille les pistes !

> comme cette sculpture de Nicolas Guiet dont le titre vous intrigue : "sjcipmz" !
Ne cherchez pas : c’est le résultat d’une frappe aléatoire sur le clavier, une façon de renforcer le côté "alien" de cette oeuvre

 

Nicolas Guiet, 2011
(courtoisie gal. Fournier et l’artiste)
clic=zoom
  Nicolas Guiet
  Daniel Richter  

> de même, l’immense Daniel Richter n’éclaire pas le sens de ses tableaux par ses titres quelque peu hiératiques, bien au contraire.
Ici le titre "Those who are here again" (ceux qui étaient déjà là) embrouille encore plus la compréhension, de sorte que le spectateur peut voir cette scène comme une fête ou au contraire comme un drame. Pour s’en convaincre, voir d’autres de ses oeuvres !

 

Those who are here again, 2002
(courtoisie Daniel Richter)

 

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