Fromanger et Figuration Narrative

 

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Gérard Fromanger inaugurant sa rétrospective en 2006 sur son lieu de jeunesse à Louvier devant une de ses toutes premières oeuvres :
"Paysage Echantillonné " 1967, avant le développement du mouvement narratif

(courtoisie G.Fromanger) .... clic=zoom

(entretien fin 2006 mis à jour 2009 et 2016)

Gérard Fromanger
est co-fondateur de la Figuration Narrative, une "nouvelle figuration" engagée faisant face dans les années 60 à l’abstraction ; un des plus grand peintre français dont plusieurs rétrospectives se sont succédées, dont la dernière à Pompidou en 2016

 

 

 

l’art de Gérard Fromanger

Almanart  : vous opérez souvent par séries de tableaux : Série Noire, Série Sens Dessus-Dessous… Quel est votre processus : une série après l’autre ou en parallèle, plusieurs tableaux d’une série en parallèle ?

Gérard Fromanger : j’ai toujours travaillé par séries car, simplement, il n’y a pas assez d’un tableau pour tout dire ! Quand on a une intuition, il en faut 10, 30 pour la traduire, une fois j’en ai fait 105 sur une série tellement il y avait à dire sur le sujet ; ça légitime l’idée qu’on a eue car s’il n’y avait qu’un tableau, c’est qu’alors l’idée n’est pas très riche ; je me suis légitimé en découvrant ce concept chez Van Gogh : dans ses derniers jours il a fait 8 tableaux le même jour et le dit dans une lettre "il y a tellement de choses à dire cette journée sur ce massif de fleurs, que je ne peux pas le dire en un seul tableau".

At  : vos séries sont toujours marquées par un changement de style dans les couleurs, dans la signification des couleurs ou dans le graphisme ; il y a des séries étonnantes par ces différences, comme les "Rhizomes" (tige souterraine développant racines et tiges aériennes).

 
Série Rhizomes, ou Peinture-Café :
"Bastille 4", 2000,
acrylique et café
(courtesy GFromanger
+GMA )
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GF  : il faut le plus possible bouger, mais qu’on puisse reconnaître celui qui parle, sa même énergie, son même désir de vie ; pour les "Rhizomes" il y a quelque chose d’intéressant à analyser, si le peintre est honnête avec lui-même, qu’il se donne totalement dans un geste amoureux pour les autres sur la toile.
Et ce qui vient sur la toile est parfois prémonitoire !
S’il regarde bien le réel, sans aucune œillère, s’il essaie d’avoir un vocabulaire neuf et qu’il analyse bien ce qu’il voit, il peut y avoir des conséquences incroyables ; par exemple j’ai vendu au musée de France un tableau gigantesque qui n’a intéressé personne pendant dix ans ; je l’ai fait en 1991, juste après la 1ère guerre du Golfe où le marché de l’art était en faillite ; alors j’ai décidé de faire ce que j’aime : d’immenses tableaux invendables ; j’ai mis huit mois à faire en quelque sorte mon Guernica, qui s’appelle "de toutes les couleurs peinture d’histoire" ; et au centre du tableau il y a les "twin towers", le centre des affaires du monde ou le centre du monde des affaires ; elles sont au milieu du tableau, ensanglantées, avec la Statue de la Liberté aussi ensanglantée !
Alors pourquoi ? je ne suis ni prophète, ni visionnaire mais un peintre qui regarde le réel : j’ai regardé la première guerre du Golfe et ce que cela a donné : il n’y a pas que le "world trade center" qui soit ensanglanté, mais toute la culture du monde.

At  : cela renvoie aux premières œuvres, à vos drapeaux !

GF  : absolument, d’ailleurs ils viennent de la violence des guerres et révolutions. Autre exemple, les "Rhizomes" sont des tableaux tragiques où les corps et animaux sont pris dans une toile qu’ils tissent eux-mêmes ; or, au moment je termine cette série, j’en pleurerais : un copain médecin me dit "toi, ça va pas"... j’avais le cancer du poumon, c’était incroyable ! Je sentais probablement qu’intérieurement je souffrais, car on est un peu comme un sismographe*, le pinceau étant l’aiguille. * NDLR :"le poète ressemble au sismographe que tout tremblement de terre fait vibrer [Hugo von Hofmannstahl, 1906]

At  : à travers toute votre oeuvre, quelles que soient les séries, on retrouve une grande cohérence plastique, malgré ces différences dont nous parlions ; on peut appeler cela de manière populaire "une patte" et en fait c’est plus : c’est une démarche, une façon d’être et cela se reconnaît.

GF  : c’est comme le petit Basquiat : il y a des milliards d’animaux humains qui ont fait des traits depuis la nuit des temps et lui, il fait un petit trait et l’on se dit, tiens ça c’est Jean-Michel !
Citons cette phrase de Giacometti que j’ai beaucoup aimée : "le style c’est l’impossibilité dans laquelle on est de faire autre chose que ce que l’on fait" : on ne peut pas faire autre chose, cela vient comme ça.
Si on veut ne pas chercher à mentir, si on veut ne pas faire de la décoration, si on veut être honnête comme lorsqu’on est amoureux, la peinture c’est cela : c’est de l’honnêteté, c’est une adéquation, une corrélation entre la pensée, les sentiments, la nature et le réel. Mais c’est très difficile.

 

At  : au niveau de la cohérence de votre œuvre je ressens un paradoxe, peut-être une double nature entre votre engagement (forcément politique à l’époque des années 60) et en même temps votre désir d’individualité, je dirais de liberté ; on a l’impression qu’à un certain moment vous vous êtes libéré de la cage de votre engagement : vous avez pris votre rôle de manière individualiste.

 
Série Album le Rouge, ou Drapeaux :
"France", 1968,
acrylique
(courtesy GFromanger
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GF  : j’ai fait la tentative du travail collectif entre 67 et 73, c’était très intéressant, on l’a fait avec une totale générosité et une grande confiance, mais ça n’a pas duré très longtemps car la jalousie, l’orgueil, l’individualité, ça existe aussi ; il faut faire des expériences et se rendre compte de la vérité, ne pas dire avant c’était formidable et maintenant on est des petits cons d’individualistes ; ce n’était pas formidable : c’était passionnant d’essayer, mais c’est aussi juste de dire que ça n’a pas marché.

At  : pourtant à voir certains artistes, je me demande ce qui peut relier la fin et le début de leur oeuvre, il y aurait un manque de cohérence, à part un nouveau "truc" qu’ils auraient trouvé

GF  : ceux-ci font tellement la même chose, ils ont tellement peu le désir d’inventer encore lorsqu’ils ont trouvé ce truc, qu’ils s’y tiennent toute leur vie et sont esclaves du marché, comme Bernard Buffet qui a fini la tête dans un sac car pendant 60 ans il aura fait le même tableau ; au début c’était formidable, tout le monde était stupéfait par ce trait tragique, puis on s’est rendu compte qu’il n’en bougeait plus.
A ne pas confondre avec les peintres obsessionnels qui évoluent dans leur propre histoire comme Francis Bacon ou Giacometti, qui changent peu mais sont des peintres exceptionnels

 

la figuration narrative dans le monde

At  : la Figuration Narrative avait un sens fort dans les années 60-70 ; estimez- vous qu’elle a actuellement le même sens ou bien ce mouvement est-il devenu historique ?

GF  : vaste question... dans notre société occidentale, avancée, moderne… on a tendance a dire que c’est la fin de l’histoire, que la démocratie américaine a gagné partout donc que c’est le seul modèle imitable ; beaucoup de gens le croient et les nouvelles générations sont tranquillisées par cette idée ; mais...
Dans le contexte des années 60 la Figuration Narrative était une nouvelle figuration : son engagement (politique, ndlr) s’inscrivait pour moi dans deux éléments parallèles et complémentaires : l’histoire en train de se faire et l’histoire de l’art ; qui oublie l’un des deux ne peut pas participer à l’idée de cette nouvelle figuration. Elle est donc toujours d’actualité.

At  : la Figuration Narrative dans sa maturité était-elle un mouvement ou plutôt un ensemble de gens comme vous, Monory, Rancillac,Télémaque, etc, qui se sont reconnus dans une façon différente de faire de l’art, à l’heure où l’abstraction était à la mode et où les américains occupaient le terrain avec l’Abstraction Lyrique ?

GF  : la terminologie des mouvements en peinture depuis les impressionnistes, cubistes, abstraits… sont souvent l’œuvre de critiques d’art ou de poètes, rarement celle d’un groupe d’artistes ; ainsi le terme Figuration Narrative inventé par Rancillac et Télémaque fait en ce moment plus fortune que Figuration Critique ou que Nouvelle Figuration : pendant 20 ans personne n’entendait ce terme et maintenant on se précipite pour être le deus ex machina de tout cela ; cela crée des dissensions, des sélections de toutes sortes.
Certains exposaient dans des organisations comme le Salon de la Jeune Peinture ou le Salon de Mai, d’autres dans des galeries qui ont fait date : Gérald Gassiot-Talabot, critique, disait : "est figuratif narratif celui qui le désire" ; on se reconnaît, mais comme dans l’égalitarisme, il y en a qui sont plus égaux que d’autres.

At  : merci Gérard de cette leçon d’histoire !

 

voir aussi :
> la couleur rouge
> sa rétrospective à Pompidou en 2016

 


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