la couleur verte

 

le vert

 

 

Une couleur paradoxale ! Symbole même de la nature par son abondance sous toutes les nuances, la couleur verte aurait du être tout aussi présente chez les peintres paysagistes ; chère, instable et difficile à maîtriser, en fait elle l’a été relativement peu, jusqu’à l’arrivée des mélanges industriels. En attendant les peintres ont rusé, l’obtenant pas des mélanges de couleurs primaires ou plus tard par des procédés comme le pointillisme. Questions qui ne se posent plus aux contemporains qui utlisent sans complexe cette couleur pour sa froideur, sa lumière, sa transparence et pour sa symbolique.

 

la dominante verte du fond donne l’ambiance irréelle de cette oeuvre organique
de Stephen Peirce : Twisted, huile, 2007 ;
représenté par la Galerie Estace (courtoisie)
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Etude réalisée par Claude Maisonneuve

 

Stephen Peirce

 

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le vert, couleur naturelle et paradoxale

 

 

Johanes Itten

Johanes Itten a créé cette représentation du printemps, illustration pour l’enseignement au 1er Bauhaus
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couleur des végétaux et par extension tout ce qui est frais, jeune, vigoureux et frais à consommer : le vert est une couleur froide ! Symbole de la renaissance de la nature au printemps il est associé à l’espoir, la liberté, la chance et par extension à la fortune : le dollar n’est-il pas vert ?
Si en peinture elle est une couleur secondaire qui s’obtient par synthèse soustractive, lorsqu’on parle de la lumière visible (synthèse additive), le vert est une couleur primaire qui, associée au rouge et au bleu, produit une lumière blanche.

Sa fabrication est basée sur l’oxydation des métaux ; mais ces mélanges improbables d’acides, d’oxydes, de plomb, de cuivre sont toxiques voire mortels... alors que le vert exprime la fraîcheur et la pureté : beau paradoxe !

L’origine du mot "vert" est le latin viridis dérivé de virere : être vert, de même en italien ou en espagnol "verde" est aussi issu de viridis. Curieux, il s’écrit aussi "verd" en ancien français, il nous en reste verdir, verdeur, verdoyant… Par métonymie le nom masculin "le vert" et l’adjectif " vert" s’appliquent l’un et l’autre à des désignations spécifiques : on dira une sauce verte, une salade verte, des haricots verts, des plantes vertes, des pommes vertes… c’est à la fois le nom et la couleur.

Des teintes vertes se déclinent à l’infini de la plus jeune (pousses vertes) à la plus décomposée qui vire au gris ; ainsi beaucoup de nuances empruntent leur nom à qui la porte, tel que vert de mer, vert épinard, vert pistache, vert amande, vert tilleul, vert bouteille, vert saille (oups, pardon)

 

sa fabrication :

> origine végétale :

malgré leur profusion naturelle, peu de couleurs vertes peuvent être utilisées d’une manière fiable, car elles sont comme la nature elle même : en éternelle recomposition et décomposition. Seules certaines chlorophylles et chlorophyllines sont utilisées comme colorants alimentaires : la menthe, les pistaches…

 

Ivan Messac

dans cette lithographie, Ivan Messac recrée l’ambiance médicale par son vert spécifique
Coeur Ouvert, 1969
(courtoisie l’artiste) clic=zoom
 

Le vert de vessie, couleur d’herbe plutôt foncée, était obtenu à partir d‘un petit arbuste épineux Nerprun ; une de ses déclinaisons, le vert "stil-de-grain" s’apparente plutôt à un vert caca-d’oie.

Les verts de feuilles de bouleau et de prunier, pas très convaincants, furent utilisés en Europe du Nord, faute d’autre chose car les interdits du Moyen Age vis à vis du mélange de couleurs ont été néfastes à la couleur verte, qui alors manquait singulièrement de tonique.

Le vert du lys azurin (iris) ou "vert d’iris" serait facile à fabriquer à l’aide de jus de pétales de cette plante et de poudre d’alun ; c’est un colorant utilisé en enluminure, de même que le vert extrait de la prugnamerola (petite prune du Latium)

 

> origine minérale :

les sources de pigments sont nombreuses mais peu d’entre elles sont stables, sauf la somptueuse malachite, donc hors de prix, qui tire son beau vert de la présence de cuivre ; finement broyée elle peut colorer des encres ; dénommée "verde azzurro" par Cenninno Cennini dès le 14è siècle, on la trouve souvent associée aux gisements d’azurite (pierre d’Arménie).

Les Terres Vertes originaires de Bohême, Chypre et Italie, fournissent des couleurs stables ; la plus célèbre est la Terre de Vérone, connue à l’époque romaine, composée de siliceux et d’autres métaux oxydés comme le fer, manganèse, magnésium… ; sa couleur céladon très subtile en fait un vert peu couvrant mais nuancé qui est surtout utilisé en couleur de fond dans les tableaux.

 

Jean-Denis Bonan

ce Mystère du Glacier de Jean-Denis Bonan (technique mixte, 2005), le vert combiné au blanc recrée le froid
(courtoisie l’artiste) clic=zoom
 

Le vert céladon doit sa couleur au fer cuit en réduction qui compose sa terre d’origine ; on trouve aujourd’hui de nombreuses terres qui fournissent un vert cendré, assez terne mais lumineux par calcination.

Le vert antique désigne le marbre précieux utilisé dans l’Antiquité ; mais on distingue mal l’origine de la couleur verte dans les minéraux : pour la magnifique émeraude, c’est le chrome et parfois le vanadium ; pour l’amazonite c’est plutôt le cuivre ou un peu de plomb et d’eau coincés dans du feldspath.

Autrefois le vert-de-gris mélangé à de la cire et de la térébenthine donnait la couleur verte des peintures : la terre verte dite Terre de Vérone, calcinée, donne aussi ce résultat, de même que des mélanges de cobalt (oxydé) et de zinc utilisés dès le XVIIè siècle.

 

> origine chimique :

le vert émeraude, ou viridien, est fabriqué jusqu’en fin du 19è par l’action de l’acide borique sur le bichromate de potasse ; hautement toxique, il est remplacé par un sesquioxyde de chrome qui donne un vert subtil, comme la terre verte avec laquelle on peut le confondre, mais contrairement à celle-ci, sa composition chimique est différente ; son couvrant est particulièrement intense et permanent ; il est utilisé en fresques et sa vraie destinée est le glacis.

 

Christophe Leroux

dans sa série Camoufflages (Frein, 2006), Christophe Leroux brasse des huiles de différentes nuances
(courtoisie JDB) ... clic=zoom
 

Le vert de cobalt, combinaison zinc/cobalt ou titanate de cobalt donne une couleur un peu grisaille, pas franche, mais permanente, souvent imité compte tenu du prix du cobalt.

Le vert de cadmium, beau, franc et permanent, est fabriqué à base de sulfure cadmium/zinc.

Le vert Hooker est une création du peintre anglais William Hooker, mélange de bleu de Prusse et de jaune du Cambodge ; comme il n’a pas laissé la formule, beaucoup essaient de le reconstituer

Le vert Véronèse ou cendre verte est un composé de phtalocyanique et d’un oxyde de zinc blanc, comme le vert japonais mais sans le zinc.

Les verts anglais, sont fabriqués à partir de bleu de Prusse et de jaune de chrome ; ils étaient tellement instables que le mélange a pratiquement disparu au profit d’imitations fabriquées à partir de pigments azoïques, à savoir des hydrocarbures azotés.

 

le vert est dans l’art

> chez les anciens :

les pigments verts ont longtemps été rares et c’est la Rome antique qui a développé une gamme de verts à partir de la Terre Verte. Cette couleur, relativement ignorée au Moyen Age occidental revivra à la Renaissance avec l’apparition d’un travail très abouti sur les terres, qui produira une palette de verts riches et subtils.

 

Instable, chère à fabriquer, dangereuse à manipuler, la couleur verte n’a que parcimonieusement été utilisée ; les plus stables, très pâles, ont été destinées à l’imprimatur. Le "verdaccio" flamand travaillé par les Van Eyck était une imprimatur réalisée à base de terre verte, ocre et noir liée à l’oeuf. Giotto (13-14è siècle) utilisera les mêmes techniques, puis Rubens à son tour.

Mais le vert était surtout utilisé pour sa valeur symbolique, qui n’avait pas de prix aussi bien pour les tableaux à caractère religieux que pour glorifier les commanditaires (ci-contre).

 

Ce vert somptueux exprime à la fois la fidélité de la femme, et sa pureté originelle
Jan Van Eyck, Les Epoux Arnolifini, 1434, Nat. Gallery Londres ... clic=zoom
>> ce tableau est analysé ici
  Jan Van Eyck, Les Epoux Arnolifini

> chez les impressionnistes :

 

tant que les peintres ne sortirent de leur atelier pour peindre la nature directement sur le motif, ils n’eurent pas besoin d’utiliser abondamment la couleur verte, si chère et délicate. La question se posa surtout dès les pré-impressionnistes, les naturalistes et les paysagistes britanniques.
Les impressionnistes avaient plus de liberté pour obtenir du vert par des effets : étant une couleur secondaire, le vert s’obtient par synthèse soustractive, mélanges de bleu et de jaune ou de noir et de jaune ; ce dernier mélange très couvrant peut être utilisé en peinture à l’huile, détrempes comme le plus récent acrylique, mais pas pour qui recherche la transparence de l’aquarelle ou du glacis.

 

un tableau pointilliste : Seurat, Port en Bessin, 1888, mus. d’Orsay
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  Seurat, Port en Bessin

> des modernes aux contemporains :

 

les verts à base de cobalt sont extrêmement chers et présentent une grande siccativité (glossaire= aptitude à sécher à l’air.) ; ils nécessitent de la part de l’artiste une grande maîtrise pour assurer l’isolement de la couleur ; on les trouve surtout dans les acryliques, peu dans les peintures à l’huile.

En peinture, le vert est une couleur secondaire qui s’obtient par synthèse soustractive : mélange de bleu et de jaune ou de noir et de jaune ; ce dernier mélange, très couvrant peut être utilisé par différentes techniques : huile, acrylique, détrempe… mais pas pour qui recherche la transparence de l’aquarelle ou du glacis.

 

 

un dosage subtil de gris et de vert donne à ce grand tableau une atmosphère opressante
Thomas Agrinier, Dieu, 2009, huile
(courtoisie l’artiste) ... clic=zoom
   Thomas Agrinier

 

une symbolique évidente

c’est l’observation de la nature au printemps, son renouveau, qui fournit à la couleur verte une gamme illimitée de tonalités : l’Islam vénère la couleur verte puisque la terre d’Islam est un jardin.
Pendant que les doués du jardinage ont "la main verte" et que les golfeurs tentent de chimériques prouesses sur les greens, allez donc vous mettre "au vert" si la ville vous fatigue, pendant que vos petits vont en "classes vertes" où ils s’initient à la "révolution verte" ! Les écologistes ont forcément dû adopter le vert comme symbole.

 

Gilles Cenazandotti

 

> symbole de sécurité :

le feu est vert ? passez, la voie est libre ! Sur les bateaux le feu vert de tribord indique le côté sans danger ; la croix verte de la pharmacie, le caducée vert : autant de signes pour vous sécuriser. Mais en électricité c’est ambigu : l’indicateur vert est associé à "off" (hors fonction) pour dire l’absence de danger, et non pas à "on" où le courant passe, par opposition au rouge qui exprime le danger d’une présence de tension ; la norme a changé car autrefois c’était l’inverse.

 

pourriez-vous vous fier à cette Life Bag spatiale de Gilles Cenazandotti ?
(courtoisie gal. 13 JM) .... clic=zoom

 

> signe de propreté et de pureté :

les produits verts prétendent respecter l’environnement : les produits d’entretien "maison verte" surfent sur cette image, comme de nombreux produits cosmétiques. Ce procédé marketing porte un nom : le "greenwashing"… Autrefois on lavait plus blanc que blanc…
La couleur verte est aussi choisie pour tout produit dont on veut vanter la fraîcheur : la menthe naturellement blanche est devenue verte, ainsi que les bouchons des bouteilles de lait bio : l’abus ne fait pas le moine !

 

 

Peter Saul Ducks in Bed

 

> symbole de hasard et de chance :

depuis le Moyen Age le vert y est associé : car la couleur est instable et que l’on ne savait jamais si elle allait perdurer ou se décomposer ? Les tapis de jeu, eux, sont toujours verts pour attirer la chance, ce qui a entraîné une "langue verte", à l’origine de l’argot qui correspond au jargon des jeux.
Et, en matière de langage : raconter des histoires licencieuses a gardé son charme sous la forme d’en "bailler de belles, des vertes et des pas mures", complétée par en dire "de toutes les couleurs" histoire d’élargir la gamme !

 

comme Peter Saul sait le faire : ces Ducks in Bed (1964) s’éclatent !
(courtoisie Berrardo) .... clic=zoom

 

> symbole de jeunesse :

un fruit vert n’est pas mûr, ce qui est grandement indépendant de sa couleur naturelle… Mais le vin vert ne l’est pas, par contre c’est certain, il n’est pas buvable, trop jeune.
madame, si votre voisin vieillard est "encore vert" pour son âge, c’est peut-être un coquin vert galant qui fait preuve de verdeur !
L’habit de nos académiciens est sûrement vert pour leur laisser une chance de rester Immortels…

 

 

> signe de maladie et de mort :

paradoxalement, encore, le vert concerne aussi la maladie (avoir le teint vert, malade), la mort (couleur de cadavre), ou au moins d’être vert de peur ou de jalousie, autr etype de maladie !
La preuve : au théâtre un acteur ne portera jamais de vêtement vert sur scène, depuis que Molière est mort sur scène en habit vert (légende ou vérité ?)
Mais c’est Michel Pastoureau qui clame l’envoi : le vert est…. "chimiquement et symboliquement la plus instable des couleurs….et restera longtemps l’emblème de la plus instable des déesses : la Fortune" !

une vie nocturne bien glauque, par Daniel Lee, Nightlife, 2001
(courtoisie festival d’Enghien) .... clic=zoom
 

Daniel Lee

 

plus d’info :

 


> à consulter sur la fabrication : le site Dotapea
> référence à lire : Michel Pastoureau : il était une fois les couleurs

 

 

 



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